Fondation Korian pour le Bien Vieillir

Les robots vont-ils obtenir la carte senior ?

Les questions, les peurs et les rêves, autour de l’intelligence artificielle et des robots, vont croissantes. Nos sociétés modernes fantasment sur les « nouvelles technologies ». Nous aimons les visions prophétiques de l’innovation qui donnent à la technique un pouvoir sur la société.

Les questions, les peurs et les rêves, autour de l’intelligence artificielle et des robots, vont croissantes. Nos sociétés modernes fantasment sur les « nouvelles technologies ». Nous aimons les visions prophétiques de l’innovation qui donnent à la technique un pouvoir sur la société. Nous aimons aussi nous faire peur à propos de ces mêmes innovations qui déterminaient notre futur et rendraient inéluctables un chemin du monde. Fanatiques des technologies ou technophobes se retrouvent souvent dans une même croyance concernant la puissance des technologies. Les uns prédisent un monde de mutants, les autres s’inquiètent d’abord des risques pour l’emploi, les libertés individuelles ou l’environnement.

Si ces approches peuvent apparaître trop binaires, pour autant, il apparaît hautement probable que le développement des savoirs et des solutions reposant sur l’intelligence artificielle et des robots vont faire évoluer fortement le monde de l’accompagnement des aînés et plus largement celui du soin.

A nous d’essayer de comprendre les mutations, les enjeux et les potentialités, sans perdre de vue les risques et les gardes fou à prévoir. Finalement, la question centrale reste toujours la même : comment faire de ces innovations des leviers pour améliorer la vie des plus fragiles, comment s’appuyer sur ces techniques nouvelles pour rendre le quotidien des professionnels et des bénévoles du care plus facile ? Comment aussi ne pas entraver les libertés individuelles alors que ces techniques qui peuvent favoriser le suivi des personnes et l’intrusion dans le quotidien de chacun ?

 

Reste que, comme pour chaque saut technologique, la problématique des usages (on évoque aujourd’hui les démarches de design thinking à ce propos) continuera d’être centrale. Le réel se venge souvent si l’objet technique n’est pas d’un usage assez simple (et cela ne concerne pas uniquement les plus âgés…) et si le coût d’accès apparaît trop élevé.

 

Mais l’une des interrogations majeures soulevée par le développement de l’intelligence artificielle et des robots concerne bien la place de l’humain. « L’homme n’est pas une idée » faisait dire Camus au Dr Rieu dans La Peste. Notre éthique doit donc bien se centrer aussi sur les conditions pour que ces nouvelles techniques restent bien au service d’un projet humaniste d’accompagnement des plus fragiles et d’amélioration de la vie de chaque personne. Dans l’idéal, il est essentiel que la technique soit complémentaire et au service de l’action humaine. Et non l’inverse.

 

Pour cette raison, avec le soutien de Strate Ecole de design, le Conseil Scientifique de la Fondation Korian pour le bien vieillir a décidé de mener une réflexion sur ces enjeux pour contribuer à penser le futur de l’accompagnement des aînés en prenant en compte les transformations potentiellement générées par l’intelligence artificielle et les robots. Nous débuterons cette démarche par un séminaire fermé animé par Frédérique Pain, directrice de Strate Ecole de Design et membre du Conseil scientifique de la Fondation. Cette réflexion se poursuivra avec des moments d’échange ou des publications. Il nous parait à tous évident que face à des mutations d’une telle ampleur, la diversité des regards et des lucidités est une exigence cruciale.

Serge Guérin, président du Conseil scientifique